Coup de gueule : Le relou de festival

Je souhaite pousser un nouveau coup de gueule. Pour une fois, cela ne concerne pas du tout les voyages ou l’accessibilité. Non, aujourd’hui, je veux pousser un coup de gueule contre le « relou de festival ».

Ce week-end, je me suis rendu à un festival avec des amis. L’ambiance était bonne, l’accessibilité au rendez-vous, tout était parfait.

Alors qu’on se déplaçait sur le site, un individu passablement éméché est venu nous voir. Ce charmant monsieur commence donc à nous alpaguer, enfin surtout moi. Et là, le joyeux luron a commencé à débiter ces inepties :

« Salut mec ! Ça va ? »

« Heu… Bonjour. Oui et toi ? »

« Nickel ! On est bien, c’est la fête »

« Oui carrément, c’est chouette »

« Je t’ai vu passer tout à l’heure. C’est cool que tu sois venu ! »

« Ben ouai, la programmation nous intéressait, du coup on est venu avec des potes »

« Nan mais je veux dire… Je sais que c’est pas facile… Enfin, je me rends compte que… Enfin… Enfin, tu vois, on a tous nos problèmes, tu vois moi, <blabla plus ou moins long en fonction de l’état d’ébriété du monsieur>… Mais toi, je vois bien que c’est pas facile, t’es en fauteuil, tout ça. Mais bon, ça se voit que tu es courageux, <blabla plus ou moins long en fonction de l’état d’ébriété du monsieur>… et c’est cool que tu sois venu. Parce que je sais bien que c’est compliqué, <blabla en fonction de …> »

 

Voilà.

Toujours la même chose.

Et ça peut durer. Longtemps. Très longtemps.

D’autant plus que le monsieur est revenu à la charge plus tard dans la soirée.

On inspire par le nez et on expire par la bouche.

Surtout ne pas envoyer paître le monsieur.

Il est sûrement très gentil.

Mais aussi très con quand il picole !

Zen…

 

Donc oui, je suis au courant qu’il n’y a pas toujours beaucoup de personnes en situation de handicap dans les événements publics. Sûrement à cause de pleins de facteurs différents : manque d’accessibilité, prix des entrées, manque de confiance et repli sur soi, etc…

Néanmoins, je suis venu. Cela n’a rien de surhumain ou d’extraordinaire. D’autant plus que je suis venu avec des potes, j’ai donc envie de passer une bonne soirée avec eux. Et si on rencontre des gens sympas, ce sera très bien. Mais pas ce genre d’individu. Pas ce genre d’individu bourrés qui vous raconte des conneries. Car en plus de me couper dans ma soirée, il me coupe de mes potes. J’étais tranquillement en train de parler avec eux lorsqu’il est venu nous interpeler.

Et en plus de cela, le charmant monsieur me ramène une fois de plus à ma seule et unique condition d’handicapé. D’handicapé de service oserais-je même dire. Il en faut bien un, c’est toi mec. Pas de bol. Et comme tu as ce fardeau, que dis-je, ce sacerdoce, tu y seras éternellement cantonné. Rien d’autre que ta condition physique ne sera retenue de toi. Tu auras beau être passionné, intelligent, blagueur ou autre… Rien d’autre ne comptera aux yeux du monde extérieur. Et ce charmant monsieur te rappelle bien tout ça. Et donc si jamais tu passais une bonne soirée sans même penser une seule fois à ton handicap, et bien on te le rappellera. Histoire de pas oublier, hein !

Enfin, le joyeux drille est tellement bourré, qu’il pourrait me blesser. Me tomber dessus n’est clairement pas anodin. J’ai des os fragiles comme de nombreuses personnes en fauteuil. Le moindre choc peut être synonyme d’entorse, de fractures et d’hospitalisation.

Je suis donc ennuyé, déprimé ET en insécurité avec ce genre de personnage.

Mais le sieur semble sincère. Il est vraiment content que je sois venu. C’est juste que c’est très con ce qu’il fait là. Autant juste saluer l’organisation du festival qui a fait en sorte d’inclure tout le monde.

Alors que faire ?

L’envoyer chier ? Il se dira que tous les handicapés sont des cons.

Lui expliquer qu’il se fourvoie ? Il ne comprendra ni ne retiendra un mot de la conversation.

Je ne sais pas.

Je ne veux pas lui en tenir rigueur pour autant.

Je crois que je préfère blâmer la société. Cette société qui veut que les personnes handicapées soient vues comme des héros, des personnes courageuses qui portent sur leurs épaules le poids du monde et qui ont la sagesse des anciens. Bullshits !

On est comme tout le monde. Tout aussi bons que les uns. Tout aussi cons que les autres.

Donc, s’il vous plait, arrêtez de venir nous voir pour nous tenir ce genre de discours. Venez nous voir comme vous iriez vers n’importe qui. Pour discuter et échanger. Juste discuter et échanger.

  1. Laporte Pierre Reply

    Bonjour,
    La lecture de votre article me rappelle une anecdote avec un pote en fin de journée à la Japan Expo.
    Lui n’est pas toujours en fauteuil, ça dépend de son état du moment, mais en festival et surtout celui là il préfère être en fauteuil plutôt qu’avec la cane ou les béquilles parce qu’il y a vraiment beaucoup de monde et que les gens peuvent le voir aussi comme un cosplayeur…
    Réf, fin de 3e journée bien remplie, on se pose en sortant pour fumer une clope et lui nous dit “putain grosse journée je suis bien crevé là”
    Et moi, comme c’est moi pote, je lui réponds “bah ça va t’as passé la journée tranquillement assis à te faire pousser !” et on rigole…
    Par contre les mecs a côté, pas du tout.
    Et commence alors un flot d’insultes à ma personne parce que je suis un gros con de lui parler comme ça, sans respect…
    Ça nous a pris 20 bonnes minutes à leurs faire comprendre que premièrement on est potes et on se parle comme on veut, et que deuxièmement faut arrêter de stigmatiser et de voir les gens en fauteuil comme des fragiles fleurs de sucres sans humour…
    Alors oui, je n’aurais certainement pas été aussi cash avec un inconnu, mais je n’arrêterai pas de voir des gens avant de voir leurs fauteuils…
    Bonne continuation à vous

  2. Adel Reply

    Expérience que j’ai vécu une bonne 10aine de fois

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